26 décembre 2007
_le retour de Jean
Ca y est j’suis arrivé. J’suis arrivé au paradis. C’est pas si terrible que ça la mort en fait. Y avait des gens qui m’attendaient. J’l’ai ai pas tous r’connus. Un grand homme blond s’est approché en premier. La trentaine, avec comme un air de r’ssemblance. Avez-vous deviné qui c’est ? Je vous l’donne en mille. C’est mon vrai père. Mon géniteur.
Il est pas censé être parti à 93 ans lui ? Ah ? Il est resté à l’age de 27 ans, l’année où il a rencontré ma mère. L’été où ils m’ont conçu. J’avais bien raison alors.
Puis ma mère m’as pris dans ses bras. Elle, elle a 21 ans maintenant. L’age auquel elle a rencontré mon « faux » père. J’lui ai pardonné. Elle est morte seule. A l’age de 28 ans. Elle était nourrice. Comme pour compenser l’absence d’un fils. L’absence de son fils. J’lui manquais tell’ment. Ah, si j’avais su.
Et j’ai aussi retrouvé mon héros. Lui, il est resté à l’époque où il a été soldat. Ou plutôt à l’époque où il est rentré de la guerre. Quand il m’as vu pour la première fois. Il m’as prit dans ses bras. Ca m’as fait tell’ment de bien.
Quant à moi, j’suis r’dev’nu minot. J’suis rev’nu au temps d’Josette. J’l’avais pas oubliée d’ailleurs. Elle est là aussi tiens. Elle se souvient d’moi. J’me rapp’llais même plus qu’j’étais son premier amour. Elle m’as aimé comme une dingue . D’un amour comme c’est pas permis. Ah s’qu’on était heureux. Elle a eu des mômes. Trois exactement. Mais elle était pas heureuse. Elle leur donnait trop qu’elle m’as dit. Et elle pensait parfois à moi. Souvent même. Elle a jamais pu m’oublier. Moi, et mon caractère qui l’agaçait parfois.
Y a pas d’jours ni d’nuits au paradis. On a encore moins la notion du temps. Mais j’sais qu’on est énormément ensemble. A s’parler. S’raconter nos vies. Et ressasser nos vieux souvenirs. On aurait pu passer not’ vie ensemble. Oui. On aurait pu avoir des gosses ensemble. Puis les voir grandir. Ensemble. Grâce à elle j’me s’rais p’t’être pas autant éloigné d’ma mère. Elle est si compatissante ma Josette. Elle trouve des excuses à tout le monde. Alors nous maint’nant, on vit. C’est dans la mort qu’on est l’plus vivant. L’paradis, c’est bien. Il suffit de penser fort à quelque chose pour l’avoir. Mais attention, il faut pas en d’mander trop. Sinon, à la fin, la force s’épuise. Et là, plus rien. L’paradis, c’est bien. On r’trouve tous les gens qu’on aime. Et tous les gens qu’on a aimé. Ouai, c’est l’bonheur quoi. Puis, c’qu’est bien avec l’paradis c’est qu’il est différent pour tout l’monde. Par exemple, dans celui d’ma Josette y a pas mes parents mais y a pas les siens non plus. Elle les a pas connu. C’est ça qui nous a rapprochés dans not’ jeunesse. Orphelins tous les deux. J’quitt’rais plus ma Josette, ni ma mère, ni mes 2 pères. On s’ra toujours ensemble. D’autres arriv’ront. Ca s’ra un cercle. Pas vicieux, non. Sans fin. Jusqu’à l’infini. Pour toujours et à jamais.
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